Lire à la loupe

18 février 2012

Une belle surprise

Hier mon éditeur m'apprend que mon roman, Cache-cache et mat, a reçu le prix du Lyon's Club de Paris. Voilà qui rend une femme heureuse ! Je serai donc au Salon du Livre de la Porte de Versailles, sur le stand du Lyon's bien sûr, pour le dédicacer. Détails plus tard !

Posté par skaograch à 10:39 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]


05 février 2012

Ne m'en veuillez pas de mon silence ! Mon appartement est en gros travaux, le contenu (dont mon ordinateur) dans un box que j'ai loué, et je squatte à droite à gauche pendant les six semaines à venir... d'où mon absence ! A bientôt j'espère...

Posté par skaograch à 14:46 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
19 janvier 2012

Une soirée littéraire

 

 

La salle était pleine, il faisait trop chaud et une jeune femme demanda à ouvrir une fenêtre. Aussitôt le bruit des voitures qui défilaient plus bas, sur le quai, couvrit les voix. Il fallait refermer, personne n’entendrait la célèbre Érica Hamix lorsqu’elle prendrait la parole. Ses admirateurs (admiratrices plutôt) s’entassaient dans la petite salle du premier étage de ce café au bord de la Seine, avec vue sur Notre-Dame. Ce soir-là, deux écrivaines étaient au programme : une inconnue qui faisait office de bouche-trou, probablement, avec son roman inconnu et qui devinait-on, le resterait. Le public était venu pour Érica Hamix, déjà célèbre pour sa trilogie : Heurs et malheurs d’une famille dans la tourmente, trois générations de fabricants de cannes à pêche. L’inconnue (Anne Martin ? ou Annie ?) était déjà entrée et s’était assise sur le côté, consciente qu’elle devait laisser l’honneur d’ouvrir la séance à son aînée prestigieuse. Soudain un murmure traversa la salle, Érica Hamix apparaissait dans la porte, se faufilait à travers les chaises, saluait d’un mouvement de tête ceux qu’elle daignait reconnaître et, suivie de deux comparses, venait s’asseoir sur l’estrade improvisée. Un garçon se frayait à son tour un chemin dans la foule, prenant des commandes et distribuant des consommations. Bientôt il ne pourrait plus entrer, au risque de déranger un cérémonial qui avait fait ses preuves depuis bientôt quatre ans. L’organisateur de ces soirées littéraires, debout près de la porte, continuait à accueillir les derniers arrivants avec le sourire.

Érica Hamix entourée de ses séides – deux jeunes gens bien sous tous rapports -  s’agitait, remontait sur ses épaules l’étole dans laquelle elle s’était drapée, jouait avec les perles de son imposant collier qui tressautait sur sa vaste poitrine, et ne semblait pas apprécier l’attente. Enfin la porte fut fermée, et notre écrivaine prit la parole. Elle allait présenter son dernier opus, Mimi chien fidèle, plus fort que Lassie. Pendant plus d’une demi-heure, ses comparses se relayèrent, l’un résumant l’ouvrage, mettant en valeur les chapitres les plus dramatiques (oh ! Mimi sauvant de la noyade un enfant tombé dans une rivière !), l’autre lisant des passages émouvants (oh ! Mimi retrouvant dans l’herbe la bague de fiançailles de notre écrivaine !). Au dernier rang, une admiratrice essuya une larme. Puis vint le moment des questions : ne songez-vous pas à faire un film de ce merveilleux récit tant que Mimi n’est pas trop vieux ? Le moment des compliments aussi : comme c’est beau, cet amour entre un chien et la famille qui l’a recueilli ! L’écrivaine inconnue (c’était bien Annie, pas Anne) osa intervenir, fit l’éloge du style, de l’emploi très subtil du monologue intérieur pour Mimi, et sembla reconnaissante d’être gratifiée d’un demi-sourire et d’un hochement de tête princier.

C’était le tour de cette Annie Martin, qui présentait un premier roman, Le mystère de Bourg-le-Roi, dont on ne savait trop s’il s’agissait d’un polar ou d’une histoire sentimentalo-dramatique. Il y eut un échange de places, elle vint s’asseoir sur l’estrade, suivie d’un barbu de haute taille qui devait la présenter et lire des extraits du roman. Érica Hamix suivie de ses hommes-lige alla s’asseoir dans le public, et choisit une chaise qui tournait le dos à la jeune écrivaine. Celle-ci crut à l’étourderie. Elle n’y crut pas longtemps. A peine avait-elle commencé à parler qu’Érica Hamix se saisit d’un journal, le déploya devant elle et s'y plongea avec un intérêt manifeste. La jeune Annie troublée passa la parole à son lecteur qui se mit à lire le début d’un chapitre où le suspense était censé accrocher le public et le séduire. Sa voix était-elle trop grave ? trop sonore ? Érica Hamix abandonna son journal et se mit à bavarder avec ses voisins.

Annie Martin était une petite personne réservée, timide même, mais, poussée à bout, elle était  capable de brusques emportements qui la surprenaient la première. Soudain elle coupa la parole à son lecteur et, d’une voix claire elle détacha ses mots :

- Voyons, tais-toi, tu vois bien que tu déranges madame Hamix.

Il y eut un silence stupéfait. Érica Hamix se dressa, le visage cramoisi, son postérieur bouscula sa chaise qui se renversa avec fracas. D’un geste majestueux, elle croisa son étole sur un sein palpitant et s’écria :

- Jamais personne n’avait osé me faire pareil affront !

Et elle sortit de la salle, chacun baissant les yeux et s’écartant avec respect. Il n’était plus question de reprendre la soirée.

Aux dernières nouvelles, Érica Hamix a raté le prix Goncourt qui lui était pourtant promis d’avance.

Posté par skaograch à 17:52 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
17 janvier 2012

Le paradis perdu.

 

C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué.

Avant, je sortais d’un lit douillet pour siroter mon café au lait où je trempais les tartines grillées et beurrées par ma douce. Je descendais dans le métro –une chance, au pied de l’immeuble – et je pouvais m’asseoir - autre chance, j’étais en début de ligne – et lire mon journal tranquillement. J’arrivais au boulot, peinard, je m’installais à l’accueil, j’attendais le client et son bouquet : Je cherche le caveau d’Ursule Leblanc. J’ouvrais le registre : allée D 3e section. Je reprenais mon jeu sur mon portable. Un petit tour pour digérer mon frichti, pour vérifier que le jardinier avait ratissé et ramassé les fleurs fanées… le temps passe vite quand on travaille. Le soir retour au foyer, pieds sous la table, bon petit repas mijoté par ma douce, télé, galipettes le mardi et le samedi. La belle vie, quoi.

Et puis la catastrophe, le jardinier promu gardien, moi viré, la descente aux enfers, les dettes, l’huissier, la douce envolée, l’expulsion, la descente dans le métro. Faire la manche de wagon en wagon, dormir recroquevillé sur les sièges moulés en plastique, bouffer les restes de sandwiches récupérés dans les poubelles, refaire la manche, répéter 300 fois la même litanie, je suis sans domicile, bla bla bla, un ticket restaurant ou une petite pièce, à votre bon cœur merci bon voyage. Epuisé je suis. A ce rythme je vais me retrouver au cimetière. Pas à l’accueil. Sous terre.

 

Posté par skaograch à 19:58 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
15 janvier 2012

Récup.

 

Autrefois on conservait tout, ce qui fut bien utile pendant et après la guerre. Une tante de Bretagne avait envoyé à ma mère, à l’époque où les enfants n'avaient que des galoches à semelles de bois, une paire de bottines à boutons. Elle les avait probablement portées elle-même enfant, à la fin du siècle dernier. Des bottines élégantes, cuir resté souple, finesse d'exécution, tout pour leur permettre de figurer dans une vitrine de musée. Ma mère avait été enchantée d'une telle aubaine. Ma grand-mère, conservatrice elle aussi, avait aussitôt fourni le crochet à bottines complémentaire. Elle m'avait montré comment l'utiliser.

Désormais mes matinées étaient occupées. Il fallait tenir le crochet d'une main ferme mais souple, l'enfiler dans une boutonnière, de l'autre main rapprocher la tige ornée d'une multitude de minuscules boutons, et d'un mouvement habile du poignet faire glisser le premier bouton dans la boutonnière correspondante. Je le ratais, je recommençais trois fois avant de réussir. Je passais le crochet dans la boutonnière suivante, en subissant les mêmes tentatives avortées. Je me félicitais enfin d'avoir fermé déjà quatre boutons. Je m'apercevais alors que j'en avais sauté un, que j'avais mis le troisième bouton dans la deuxième boutonnière, et que la tige de la bottine faisait un pli qui me gênerait sur le cou de pied. J'avais des bouffées de haine silencieuse à l'encontre de la généreuse tante. Je repartais en arrière en défaisant, telle Pénélope, les deux derniers boutons. Je contemplais la rangée en perspective, je soupirais, je me remettais au travail : ma mère m'attendait pour m'emmener faire les courses avec elle.

Au retour des courses il ne me restait plus qu'à exécuter la manœuvre inverse - comparativement facile - pour retirer ces bottines diaboliques. Au repos, je les voyais qui me narguaient, alignées d'un air faussement sage à côté des autres chaussures de la famille. J'étais têtue, j'avais décidé de les mâter. J'ai développé ainsi, grâce à elles, des qualités de concentration, de patience et d'habileté manuelle que je ne possédais pas auparavant. C'est au moment où j'étais enfin venue à bout de leur caractère récalcitrant que je me suis mise à grandir. Les bottines devenues trop petites furent renvoyées à la tante.

 

Posté par skaograch à 18:00 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]